

Le témoignage ci-après est la retranscription des échanges, au jour le jour depuis l’invasion, entre un de nos membres et une habitante ukrainienne sur place.
Anna*43 ans, professeur de musique, après avoir vécue plusieurs années à Kiev même, a choisi d’acheter enfin sa propre villa, au calme, en périphérie de Kiev, dans la région de Hostomel’, à Borodyanka, voilà 3 ans en arrière. Elle y a mis toute ses économies en plus d’un prêt à la banque. Elle se consacrait à son jardin et finalisait les travaux nécessaire à l’intérieur petit à petit.
Sa maison était à Borodyanka. Ville située au Nord-Ouest de Kiev, dans l’Oblast de Kiev. Proche de cet endroit se trouve l’aéroport dit « Antonov » du nom de ce constructeur d’avion (équivalent Ukrainien de Boeing ou Airbus).
Cet aéroport était malheureusement un lieu stratégique. Ainsi, il a fait l’objet d’une attaque surprise russe. La résistance des troupes Ukrainiennes a transformé l’ensemble en combat prolongé.
Le village tristement connu de Boutcha est aussi dans le même secteur.
Le 28 février, Anna constate que des troupes russe entre dans sa ville. Des bombardements commencent, elle entend des bruits de tir. Elle a reçu comme consigne de rester loin des fenêtres, de ne pas sortir car « ils tirent sur tout le monde ».
Ce même jour, elle prend cette photo depuis la fenêtre de sa maison.
Toute la journée, elle relate de nouveaux bombardements qui ont lieu de manière sporadique.
Atteinte d’une maladie de la thyroïde, comme malheureusement nombre de personnes de la région (trace persistante de l’accident de Tchernobyl), elle a heureusement eu l’anticipation de se constituer un stock de ses médicaments.
Le 1er mars 2022, elle constate avec d’autres habitants, au matin, ce qui s’est passé dans sa ville.
Elle se rend dans une rue proche de chez elle et filme la scène. Résultat des bombardements.
Plus tard dans la journée. Elle signale à nouveau des bombardements. Ils continueront toute la journée. Elle ne donnera plus de nouvelles.
Le 3 mars, elle écrit à nouveau. Elle va bien. elle informe que plus rien ne reste debout dans son quartier, à part quelques maisons privées, dont la sienne. Les habitants se sont regroupés dedans. Heureusement ils ont encore l’électricité, l’eau et le gaz. Ils espèrent voir les militaires russes battrent en retraite.
Notre contact lui propose un moyen pour tenter de partir. Elle refuse de quitter les autres habitants et propose de se retrouver après guerre pour boire à la santé de l’Ukraine.
Le 4 mars, finalement elle demande les contacts pour rejoindre la Pologne. Une évacuation doit démarrer et la destination est la Pologne.
Plus de contact avec Anna durant la journée. Elle ne retrouve du réseau que le soir, les communications sont très difficiles.
Finalement, ils restent sur place avec son groupe d’habitants. Les garanties de sécurité lors de l’évacuation semblant trop incertaines. En plus, elle a été rejointe par sa nièce, avec son bébé. Chassés eux aussi de la périphérie de Kiev. Le mari de sa nièce est resté sur place, mobilisé dans l’armée.
Le 5 mars 2022, elle informe qu’elle doit encore restée sur place. Impossible de partir. Aucune évacuation n’a pu avoir lieu. La situation est trop tendue.
En plus, elle a entendu des rumeurs sur l’évacuation de Mariupol, où l’armée russe n’aurait pas respecté les couloirs d’évacuation. Elle est persuadée qu’ils tireront quand même sur les civils dans sa ville, s’ils forment une colonne pour évacuer.
Puis plus de nouvelles jusqu’au 10 mars 2022. Les communications étaient coupées.
Le 10 mars, elle informe que l’évacuation débute, sans savoir où ils vont.
Le 11 mars. Elle a évacué, avec sa nièce et le bébé. Ses parents ont une maison dans l’Oblast de Tcherkassy, une région encore épargnée par le conflit et calme. Elles vont tenter ensemble de rejoindre ses parents.
12 mars. Après un long voyage. Elle a rejoint ses parents. Un trajet de 226 km qui dure environ 3 heures en temps normal.
Malgré des possibilités pour elle et sa famille de quitter l’Ukraine en rejoignant Vinnytsa, Ternopil, Lviv et enfin la Pologne, ou la Moldavie toute proche, elle préfère rester sur place.
Si elle a été contrainte d’abandonner sa maison, ses parents s’y refusent, car c’est l’investissement de toute leur vie, toutes leurs économies. Après avoir connu la chute de l’URSS, la période difficile du passage au capitalisme. Ils ont tout mis dans leurs lopins de terre, dont ils en vivent. Ainsi, elle reste encore aujourd’hui avec ses parents. Attendant la suite des événements, et cuisinant collectivement pour les soldats présents dans son village.
Photo prise en 2019 proche de la maison des parents d’Anna. Il est à espérer que la guerre épargnera la zone.
* Anna est un prénom d’emprunt, tout comme les localisations sont données de manière élargie.